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Le circuit court de la pêche

De Millak à Jagalchi, cet article suit les lieux, les acteurs et les circulations qui structurent la filière du poisson vivant à Busan.

Millak

Derrière l'effervescence touristique de la plage de Gwangalli se cache le véritable moteur de la filière halieutique locale : le centre de distribution de Millak.

Loin de l'image d'un marché traditionnel pour particuliers, ce site fonctionne comme une immense plateforme logistique de gros, se classant comme le deuxième ou troisième plus grand centre de distribution de poissons vivants de Corée du Sud en termes de volume.

Centre de distribution de Millak

Ici, l'activité n'est pas dictée par la pêche locale à la ligne, qui reste très minoritaire, le centre de Millak fonctionne comme une immense plateforme logistique. Il regroupe à grande échelle le poisson vivant acheminé depuis les fermes aquacoles de tout le pays. Le travail des entreprises sur place consiste à réceptionner la marchandise, à l'exposer dans de grands bacs sous oxygène pour les acheteurs professionnels, et à en gérer l'état sanitaire.

Ce pôle industriel sert de point d'ancrage pour redistribuer et livrer le poisson frais à travers tout Busan et le reste de la Corée, approvisionnant en amont les marchés environnants et les très nombreux restaurants de poisson cru (Hoe) de la région.

Poissons vivants et logistique a Millak

Jagalchi

Situé au sud-ouest de Busan, en bordure de son port historique, le marché de Jagalchi est aujourd'hui le plus grand marché de produits de la mer de Corée du Sud. À l'origine, le site s'appelait « Jagalcheo » en référence aux galets (jagal) qui recouvraient le rivage. Sous l'occupation japonaise, ce littoral a été remblayé pour devenir la plage de Nambin, une zone de baignade alors exclusivement réservée aux Japonais.

Apres la Libération en 1945, le lieu a change de visage pour devenir un marché de bois de chauffage. Les piles de bois stockées sur les galets servaient alors de couverture pour un réseau de contrebande de marchandises illégales. Le véritable tournant s'est opéré pendant la guerre de Corée (1950-1953). Face à l'afflux massif de réfugiés, les personnes exclues des autres marchés saturés de la ville, comme Gukje ou Bupyeong, se sont installées sur les galets de Jagalchi. Elles y ont déposé de simples planches en bois pour vendre du poisson, ce qui leur a valu le surnom de Panttaegi Ajumma, les femmes aux planches. C'est ainsi que s'est structuré le marché, qui a fini par adopter définitivement le nom de Jagalchi.

Marché de Jagalchi à Busan

L'expression « Jagalchi Ajimae » est devenue synonyme de commerçantes robustes et chaleureuses, dont l'identité est marquée par l'utilisation de l'accent local, le satoori. On dit à Busan que « ce sont les ajummas de Jagalchi qui réveillent le monde ». À 4 h du matin, elles étaient historiquement les premières passagères des taxis.

Bien que la vente aux enchères du marché aux poissons commun voisin ne commence qu'a 6 h, les ajummas de Jagalchi vivent au rythme de l'aube : elles vérifient les conditions de pêche de la veille et ouvrent leurs boutiques dès 5 h. Il existe même un dicton sur la tarification des produits : « Vivant, c'est 10 000 wons ; mort, c'est 5 000 wons ; salé, c'est 3 000 wons ; et tard le soir, c'est gratuit. » Ayant enduré une vie rude où la brisé marine leur a endurci la peau et où l'eau salée a effacé leurs empreintes digitales, les Jagalchi Ajumma se sont imposées comme des piliers de soutien indéfectibles pour leurs familles et le symbole de l'activité maritime de la ville.

Commercantes du marché de Jagalchi